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Six logements sur dix

Une plomberie qui dort six mois et travaille trois

À Bandol, la plomberie d'un logement n'obéit pas au rythme de l'usure, elle obéit au calendrier. Au recensement 2023 de l'INSEE, 61,0 pour cent des logements de la commune sont des résidences secondaires ou occasionnelles, contre un peu plus de un pour cent à Aubagne, à Vitrolles ou à Marignane. Six logements sur dix se ferment, dorment, puis se rouvrent. Une installation qui passe six mois à l'arrêt ne se comporte pas comme une installation sollicitée tous les jours, et c'est cette différence que la page décrit.

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Cuisine d'appartement inoccupé, volets entrouverts et robinet de l'évier resté fermé
Illustration générée, pas un chantier client.
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Ce que change une plomberie de résidence secondaire à Bandol

Le chiffre de 61,0 pour cent n'est pas un ornement statistique, c'est la description d'un immeuble en hiver. Il signifie que dans une résidence de la commune, une porte sur deux reste close pendant la moitié de l'année, et que les réseaux collectifs desservent alors une poignée d'occupants au lieu de la totalité des lots.

La première conséquence est l'absence de témoins. Un immeuble habité fonctionne comme un système d'alerte distribué : quelqu'un entend un bruit d'eau dans une gaine, quelqu'un voit une tache apparaître, quelqu'un remarque une odeur dans le hall. Rien de cela n'existe dans une résidence où la moitié des lots sont vides d'octobre à avril. Un défaut peut s'installer plusieurs mois avant que qui que ce soit ne se trouve en position de le constater, et c'est la raison pour laquelle on protège ici par des gestes préventifs plutôt que par la réactivité.

La deuxième conséquence porte sur la nature des désordres. Avec 41,7 pour cent des résidences principales achevées depuis 1991 et 36,1 pour cent construites entre 1971 et 1990 selon le même recensement, le parc de Bandol est le plus récent des communes du secteur. Les matériaux lourds y sont rares et les canalisations elles-mêmes tiennent parfaitement. Ce qui se répare ici, ce sont des organes : robinetterie, mécanismes, groupes de sécurité, flexibles, appareils. Autrement dit des pièces qui se remplacent, pas des réseaux qui se reprennent.

La troisième conséquence est calendaire et pèse sur tout le reste. La demande de la commune se concentre sur quelques semaines, entre la fin de l'hiver et le début de l'été, quand chaque propriétaire veut que son logement soit prêt pour la saison. Une entreprise ne peut pas se trouver partout la même semaine, et ce n'est pas un problème d'organisation mais un fait arithmétique. Ce que l'on peut faire, en revanche, c'est déplacer ce qui n'a pas besoin d'être fait en mai, et c'est tout l'objet d'un calendrier d'entretien.

Ce qui vieillit à l'arrêt plutôt qu'à l'usage dans une résidence secondaire

L'intuition dit qu'un logement peu utilisé s'use peu. C'est vrai pour un parquet, c'est faux pour une plomberie. Une installation a besoin d'être mouillée, manoeuvrée et parcourue pour rester en état, et l'immobilité lui fait subir des dégradations que l'usage n'aurait jamais produites. Le classement qui suit sépare ce qui souffre de l'arrêt et ce qui n'en souffre pas.

Souffrent de l'arrêt, en premier lieu, tous les élastomères. Un joint torique, un joint fibre, une membrane de mécanisme de chasse, un joint de bonde ou le caoutchouc intérieur d'un flexible tressé restent étanches parce qu'ils sont comprimés et humides. Six mois au sec les durcissent et leur font garder l'empreinte de leur position. Souffrent ensuite les organes mobiles laissés dans la même position : la soupape d'un groupe de sécurité se grippe faute d'être manoeuvrée, une vanne d'arrêt qui n'a pas tourné depuis deux saisons refuse de fermer, une cartouche de mitigeur se bloque en position.

Souffre également tout ce qui contient de l'eau immobile. Un ballon laissé plein et tiède pendant des semaines favorise l'entartrage de la résistance, la consommation de l'anode et le développement bactérien : c'est d'ailleurs pour cette raison que l'arrêté du 30 novembre 2005 relatif aux installations d'eau chaude sanitaire encadre les températures. Les siphons, eux, se vident d'eux-mêmes par évaporation et laissent remonter l'air des évacuations. Et l'eau qui stagne dans les antennes du logement prend la température ambiante, ce qui ne se rattrape qu'en renouvelant les volumes à la réouverture.

Ne souffrent pas de l'arrêt, en revanche, les canalisations elles-mêmes, les évacuations peu sollicitées, et les cartouches céramiques d'un mitigeur qui ne sert que dix semaines par an, lesquelles durent bien plus longtemps ici qu'en usage quotidien. C'est un point important parce qu'il oriente l'entretien : il n'y a aucune raison de remplacer préventivement une robinetterie qui fonctionne dans un logement peu occupé, alors qu'il y a toutes les raisons de changer un flexible de dix ans qui n'a pourtant presque jamais travaillé.

Que veut dire un entretien espacé sur une plomberie de résidence secondaire ?

L'entretien d'un logement occupé se dilue dans l'année : on répare au fil de l'eau, chaque petit défaut se voit et se traite seul. Dans une résidence secondaire, il n'existe que deux fenêtres où quelqu'un est présent et disponible, la fermeture et l'ouverture. Tout ce qui n'entre pas dans ces deux rendez-vous attend douze mois de plus.

Le rendez-vous de fermeture se consacre à ce qui doit être neutralisé : coupure de l'eau et de l'alimentation du ballon, vidange de ce qui est exposé, protection des siphons, isolement des appareils. Celui de l'ouverture se consacre à ce qui doit être contrôlé sous pression : manoeuvre de la soupape du groupe de sécurité, examen des raccords une heure après la remise en eau, écoute des cuvettes, renouvellement des volumes d'eau. Ce sont deux listes différentes, et vouloir tout faire au printemps conduit à bâcler la moitié de la première.

Le remplacement préventif prend ici une importance qu'il n'a pas ailleurs. Dans un logement habité, un flexible qui commence à fatiguer se remarque à un suintement et se change avant d'avoir fait des dégâts. Dans un logement vide, ce même suintement devient un sinistre. Il est donc cohérent de remplacer sur date, et non sur symptôme, les pièces dont la défaillance ne serait constatée par personne : flexibles d'alimentation, joints d'arrivée de machine, mécanisme de chasse ancien. La dépense est modeste, et c'est le seul moment où elle est modeste.

Reste la question de la trace. Un logement entretenu une fois par an, parfois par des personnes différentes, a besoin d'une mémoire écrite : date de la dernière visite, pièces remplacées, index du compteur relevé, emplacement de la vanne générale et du disjoncteur du ballon, ce qui a été vidangé et ce qui ne l'a pas été. Un feuillet laissé dans le placard technique vaut ici mieux qu'un souvenir, et il évite qu'une remise en service soit conduite dans l'ignorance de ce qui a été fait à l'automne précédent.

Le calendrier d'une année de plomberie en résidence secondaire

Une année de plomberie à Bandol se lit en quatre saisons très inégales : une saison de fermeture, une saison de rien, une saison de préparation et une saison d'usage intensif. Chaque chose a un moment où elle se fait bien et un moment où elle se fait mal, et la différence entre les deux se joue à quelques semaines.

L'automne est la saison de la fermeture, et c'est aussi la seule période creuse où l'on peut discuter tranquillement d'un travail à venir. L'hiver ne demande rien à un logement correctement fermé, sinon une visite de contrôle si quelqu'un peut la faire : un coup d'oeil aux plafonds, aux angles bas, et une manoeuvre de la vanne suffisent. C'est également la bonne période pour faire réaliser ce qui n'a pas besoin d'être fait en urgence : remplacement d'un chauffe-eau vieillissant, reprise d'une salle d'eau, changement d'une robinetterie. Le logement est vide, personne n'est gêné, et les plannings ne sont pas saturés.

La fin de l'hiver et le début du printemps forment la fenêtre décisive. C'est le moment où l'on décide ce qui sera fait avant la saison, et c'est aussi le moment où tout le monde y pense en même temps. Repousser cette décision à mai revient à entrer dans le pic de demande de la commune avec des travaux qui auraient pu être commandés trois mois plus tôt. La remise en eau, elle, se fait quand le logement rouvre, et gagne à être faite lors d'un séjour où l'on reste quelques jours plutôt qu'au début d'un week-end.

L'été est la saison de la contrainte réelle. Un logement dimensionné pour quatre personnes en accueille souvent le double, les douches s'enchaînent, le lave-vaisselle tourne tous les jours au lieu de deux fois par an, et le chauffe-eau se retrouve sollicité au-delà de ce qu'il a l'habitude de fournir. C'est la période où les appareils lâchent, et c'est aussi celle où les plannings sont les plus tendus. Septembre sert alors de bilan : on note ce qui a coincé, et cette note devient la liste de travaux de l'hiver suivant.

Résidence secondaire louée, ce que la plomberie doit supporter en plus

Dès qu'un logement se loue, la plomberie change de métier. Elle ne sert plus une famille qui connaît les lieux, elle sert des occupants successifs qui ne savent ni où se trouve la vanne, ni ce qu'il ne faut pas jeter dans les canalisations, et qui n'ont aucune raison de signaler un goutte-à-goutte le jour de leur départ.

La sollicitation change d'échelle. Une rotation hebdomadaire signifie des machines lancées chaque jour, des douches enchaînées le matin et le soir, des évacuations qui reçoivent des restes alimentaires et des lingettes, et des robinets manoeuvrés par des mains qui ne ménagent rien. Les points de défaillance se déplacent en conséquence : bonde de douche encrassée, siphon d'évier qui ralentit, mécanisme de chasse forcé, joint de porte de lave-vaisselle. Ce sont de petites choses, mais elles surviennent entre deux locataires et se traitent dans un intervalle très court.

Le mémo laissé dans le logement fait ici plus de travail que n'importe quel équipement. Une page indiquant l'emplacement de la vanne générale, celui du disjoncteur du chauffe-eau, ce qu'il ne faut pas jeter dans les WC ni dans l'évier, et le numéro à appeler en cas de fuite, transforme un occupant passif en témoin utile. C'est souvent le seul moyen d'apprendre qu'une chasse coule, puisque personne ne repassera avant le locataire suivant.

Reste la question du régime juridique, qui dépend du type de location. Une location saisonnière meublée ne relève pas du même cadre qu'un bail d'habitation à l'année, où la répartition entre l'entretien courant à la charge du locataire et les réparations à la charge du bailleur est encadrée par le décret du 26 août 1987 sur les réparations locatives. Un même logement peut d'ailleurs passer d'un régime à l'autre selon les saisons, et il vaut mieux savoir dans lequel on se trouve avant qu'une panne ne survienne que pendant.

Mettre les choses au clair

Quatre organes, ce qui les abîme quand personne n'habite

Le tableau ne classe pas par gravité mais par moment. La colonne de droite indique la seule fenêtre de l'année où le point se regarde utilement.

Quatre organes, ce qui les abîme quand personne n'habite
OrganeCe qui l'abîme pendant l'arrêtQuand on le regarde dans l'année
Flexibles d'alimentation tressésLe caoutchouc durcit sans être sollicité, la tresse fatigueÀ la fermeture, remplacés sur leur date gravée
Groupe de sécurité du chauffe-eauLa soupape se grippe faute d'être manoeuvréeÀ la remise en eau, avant de remettre le courant
Mécanisme de chasse des WCLa membrane garde l'empreinte de sa positionÀ la remise en eau, en restant devant la cuvette
Siphons et bondesLe bouchon d'eau s'évapore et laisse remonter l'airProtégés à la fermeture, remplis à l'ouverture
Vannes et robinets d'arrêtLe presse-étoupe se fige dans la position gardéeManoeuvrés aux deux passages, fermeture et ouverture

Ce tableau vise un logement fermé une saison entière. Un logement occupé par intermittence toute l'année suit une logique d'usage, plus proche d'une résidence principale.

Les deux rendez-vous d'une plomberie de résidence secondaire

L'année n'offre que deux moments où quelqu'un est présent, disponible et encore capable d'agir. Le troisième temps est celui de la décision, et il se place volontairement hors saison.

  1. Le rendez-vous de fermeture

    Couper, vider ce qui est exposé, protéger les siphons, remplacer les pièces d'usure sur leur date et relever le compteur.

  2. Le rendez-vous d'ouverture

    Remettre en pression dans l'ordre, manoeuvrer la soupape, repasser sous les appareils une heure après, renouveler les volumes d'eau.

  3. La décision d'hiver

    Commander hors saison ce qui demande du temps : chauffe-eau, salle d'eau, robinetterie. Le logement est vide et les plannings libres.

On vous répond

Questions sur la plomberie d'une résidence secondaire à Bandol

Ces réponses s'adressent à un propriétaire qui n'habite pas le logement à l'année, cas de six logements sur dix dans la commune.

Une plomberie peu utilisée dure-t-elle plus longtemps ?

Les canalisations, oui. Les joints et les organes mobiles, non. Un élastomère reste étanche parce qu'il est comprimé et humide, et six mois au sec le durcissent sans qu'aucune eau ne soit passée. Une soupape ou une vanne laissée dans la même position se grippe pour la même raison. Dans une résidence secondaire, l'usure vient donc de l'immobilité au moins autant que de l'usage, ce qui inverse complètement la logique d'entretien habituelle.

À quelle fréquence faut-il faire visiter un logement fermé ?

Il n'existe pas de règle générale, et la réponse dépend surtout de l'état dans lequel le logement a été laissé. Un logement dont la vanne générale est fermée et les appareils isolés supporte une longue absence sans visite, puisque rien ne peut couler. Un logement laissé en eau, à l'inverse, demande un passage régulier pour valoir la même tranquillité. Le choix se fait donc à la fermeture et non pendant l'hiver.

Quand vaut-il mieux faire réaliser des travaux de plomberie ?

Hors saison, et de préférence en hiver. Le logement est vide, aucun séjour n'est perturbé, aucune location n'est bloquée, et la demande locale n'est pas concentrée comme elle l'est au printemps. Un remplacement de chauffe-eau, une reprise de salle d'eau ou un changement de robinetterie n'ont aucune raison d'attendre le mois de mai, moment où chaque propriétaire de la commune veut son logement prêt pour la même date.

Le chauffe-eau doit-il rester branché pendant l'hiver ?

Il n'y a aucun intérêt à maintenir en chauffe un ballon dont personne ne tire l'eau, et deux inconvénients à le faire. Le premier est la consommation pure. Le second est qu'un volume maintenu tiède pendant des semaines est le milieu le plus favorable au développement bactérien, situation que l'arrêté du 30 novembre 2005 sur les installations d'eau chaude sanitaire encadre précisément. On coupe l'alimentation électrique, et on remet le ballon à sa consigne à la réouverture.

Faut-il changer les flexibles même s'ils n'ont jamais servi ?

Oui, et c'est le cas le plus contre-intuitif de cette page. Un flexible tressé vieillit par son caoutchouc intérieur, qui se durcit avec le temps indépendamment du nombre de fois où l'eau l'a traversé. Beaucoup portent une date gravée sur l'embout, et c'est cette date qui compte, pas l'usage. Dans un logement vide, la rupture d'un flexible produit un sinistre, alors qu'elle produirait une flaque dans un logement habité.

Que laisser au locataire saisonnier en cas de problème d'eau ?

Une page, affichée ou posée en évidence, qui indique où se trouve la vanne générale, où se trouve le disjoncteur du chauffe-eau, ce qu'il ne faut jeter ni dans les WC ni dans l'évier, et le numéro à appeler. Un occupant qui sait fermer l'eau limite un incident à une flaque. Un occupant qui ne sait pas où chercher laisse couler jusqu'à son départ, et le propriétaire découvre l'affaire au changement suivant.

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